Le Nouveau Testament, version non originale ? (1/2)

par Juin 26, 2019Apologia Doctrine, Bible3 commentaires

« Vous l’avez, une copie originale d’un évangile ?” … Ben non. Mais malgré cela, nous avons l’Évangile original !

Lorsque l’on s’interroge sur l’intégrité de textes anciens, trouver un manuscrit original, écrit physiquement par l’auteur ou son scribe, c’est inédit et ce serait presque impossible. Nous parlons de pages écrites avant l’imprimerie, de textes ayant survécu (ou pas) à multiple guerres et changements de régimes. Nous parlons de données existant des millénaires avant la photocopieuse ou l’Internet. Ces textes, afin d’être transmis d’époque en époque, devaient être recopiés par des personnes qui savaient écrire et qui avaient de quoi écrire, à une époque où ce matériel était coûteux. Les textes chrétiens avaient le problème supplémentaire d’être subversifs : “Christ est Seigneur”, la croyance de base des chrétiens, était aux yeux des romains un affront envers leurs Césars. Ils ne pouvaient tout simplement pas être lus dans les cafés ou publiés dans les grands magasins de Rome ! Compte tenu des persécutions que les premiers chrétiens ont dû subir et du fait qu’ils appartenaient en majorité aux classes pauvres, la quantité d’informations que nous avons à notre disposition sur la foi chrétienne primitive est, sans exagération, époustouflante ! 

Le nombre de textes 

 

En effet, quand il en vient au nombre de manuscrits, n’importe quel historien devrait savoir qu’en comparaison avec tout autre texte ancien, le Nouveau Testament (NT) est dans une catégorie à part. Les copies de manuscrits du NT, préservées dans les collections anciennes ou découvertes dans le sable du Moyen-Orient, certaines étant des recueils de livres entiers, d’autres des fragments de seulement quelques bouts de phrases, se comptent aux alentours de 5’800 en grec, leur langue d’origine.[1] Il y a également un grand nombre de textes néotestamentaires traduits en d’autres langues : 10’000 en latin et presque 9’000 d’autres langues anciennes.[2] Cela signifie qu’on arrive à quasi 25’000 copies manuscrites de parties du Nouveau Testament. Ce nombre est sujet à des variations, puisqu’il existe une montagne de documents non catalogués dans le monde. Qui plus est, d’année en année, de nouveaux textes sont souvent découverts, mais parfois on se rend compte que, euh, les dizaines de nouveaux papyrus qu’on a trouvé, ben ils appartiennent au même manuscrit !

Quand on compare cette abondance de textes disponibles aux autres textes de l’Antiquité, on se rend vite compte de la véritable richesse de cette tradition textuelle et de l’importance incommensurable attribuée à ces textes par les communautés qui les copiaient. Compte tenu de ces faits, il faut considérer leur transmission fidèle avec beaucoup plus de respect qu’on ne voit aujourd’hui chez le sceptique moyen. Sans cela, il faudrait que les critiques rejettent toute l’histoire écrite que nous avons à notre disposition aujourd’hui ! 

Petit exemple ! 

La Guerre des Gaules de Jules César est un exemple souvent proposé dans ce contexte. Faisons donc un comparatif. Les manuscrits les plus anciens de cette oeuvre datent du début du Xè siècle (soit plus de 900 ans après la mort de César). Au total, il n’existe que 251 copies manuscrites. Comment peut-on avoir confiance dans la véracité de leur contenu et la précision de ce qui y est écrit, si l’on rejette presque 25’000 copies de textes du NT ? Le Nouveau Testament a 100 fois plus d’attestation que l’invasion de la Gaule de Jules César !

Et quant à la datation des textes, le fragment le plus ancien du Nouveau Testament (Papyrus 52), qui contient des versets de Jean 18 (probablement écrit dans les années 90 du Ier siècle), est daté par certains dans la tranche 100-150 ap. J.C. et par d’autres dans la tranche 125-175. Cela en fait une copie extrêmement proche de l’original ! (Même s’il faut admettre que ces datations varient et que la certitude absolue n’existe pas dans ce domaine.)

Pauvre César : on ne peut même pas savoir si tes histoires sont vraies, snif ! T’inquiète pas, tu n’es pas seul dans ta situation. Mais bien qu’on découvre toujours de nouveaux manuscrits de diverses sources anciennes, le Nouveau Testament demeure dans une classe à part quand il en vient à la quantité de textes et à la proximité des textes les plus anciens aux autographes (écrits par la main de l’auteur).

Je ne voudrais pas induire les lecteurs dans l’erreur en leur faisant croire que toutes les copies du Nouveau Testament qui existent aujourd’hui sont anciennes, très proches de leur date originale de rédaction. En effet ces textes couvrent la tranche chronologique du IIè siècle ap.J.-C., pour les plus anciens, jusqu’au Moyen-Âge et l’invention de l’imprimerie. Il existe néanmoins 124 manuscrits [3] qui ont survécu aux premiers 300 ans de l’histoire de l’Église. Ceci est quelque chose d’unique lorsqu’on sait que la plupart des textes anciens n’ont même pas un seul témoin dans les 300 ans qui suivent l’original.[4] La tranche chronologique représentée par les copies disponibles permet à ceux qui étudient ces textes de suivre la façon dont il est transmis au travers de l’histoire, voir là où des différences se sont glissées, et confirmer le fait que le texte du Nouveau Testament a été préservé extrêmement fidèlement. Nous pouvons affirmer cela avec un degré de certitude très élevé, surtout en comparaison à tout autre texte de l’Antiquité, pour lesquels nous n’avons que peu de copies, datant de siècles et parfois plus d’un millénaire après les autographes.

Dans le prochain article, nous fournissons un tableau comparatif de la transmission textuelle d’autres oeuvres classiques, afin de donner quelques autres exemples.

Entretemps, vous pouvez vous poser la question : qu’y a-t-il de si important, de cataclysmique dans l’histoire d’un pauvre menuisier provenant d’un village insignifiant qui ferait que son histoire serait perçue comme plus importante que l’avancée d’un empire dominant une grande partie de la Terre pendant plusieurs siècles ?

(Suite ici)

Notes de fin:

[1] Les nombres changent tout le temps, c’est pourquoi dans cet article, nous nous basons sur l’épreuve bibliographique accomplie par Dr. Clay Jones qui est la plus complète et récente disponible sur internet, datant de fin 2013: https://www.equip.org/articles/the-bibliographical-test-updated/

[2] Arménien, Copte, Éthiopien, Syriaque, Slave, Géorgien et Gothique. Amusez-vous à les additionner dans le lien donné ci-dessus.

[3] Wallace, D.B. “Has the New Testament Text Been Hopelessly Corrupted?” Dans Steven B. Cowan et Terry L. Wilder (éds), In Defense of the Bible: A Comprehensive Apologetic for the Authority of Scripture (p.147). B&H Publishing Group, 2013

[4] Presque tous ces manuscrits peuvent maintenant être visionnés en photographies à haute définition dans le catalogue du Centre pour l’étude des manuscrits du Nouveau Testament http://www.csntm.org/Manuscript.